Différences dans les processus de formation

Au Maroc, la formation du gouvernement repose sur des négociations entre les partis représentés au Parlement. Après les élections du 23 septembre 2026, le Parti authenticité et modernité (PAM) est arrivé en tête avec 97 sièges. Le PAM a conclu une coalition avec l'Istiqlal, l'Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), totalisant 207 sièges sur 395. Le roi Mohammed VI a désigné Fatima Ezzahra El Mansouri comme cheffe du gouvernement conformément à l'article 47 de la Constitution de 2011, et elle a ensuite nommé les membres du cabinet le 16 octobre.

En Algérie, la Constitution révisée en 2026 prévoit deux scénarios. Si les élections produisent une majorité présidentielle, le président nomme un Premier ministre qui propose un gouvernement aligné sur le programme présidentiel. Si une majorité parlementaire distincte de la majorité présidentielle émerge, le président désigne un chef du gouvernement issu de cette majorité, qui dispose de 30 jours pour former un cabinet. Les résultats des élections législatives du 2 juillet 2026 ont donné une forte majorité aux partis pro-pouvoir (FLN, RND, El-Moustakbel), mais le mécanisme constitutionnel reste centré sur la distinction entre Premier ministre et chef du gouvernement.

En Tunisie, le président de la République nomme le chef du gouvernement sans que cette nomination soit conditionnée par le parti arrivé en tête des législatives. Cette approche contraste avec les processus marocain et algérien, où la composition de la majorité parlementaire influence directement la formation de l'exécutif.

Ce que les changements révèlent

Ces modèles reflètent des équilibres politiques nationaux et des héritages constitutionnels différents. Le système marocain met l'accent sur les coalitions parlementaires négociées, soulignant le rôle des partis dans la formation de l'exécutif. Le cadre algérien, en distinguant entre une majorité présidentielle et une majorité parlementaire, vise à équilibrer le pouvoir entre la présidence et l'Assemblée populaire nationale. L'approche tunisienne, quant à elle, confère au président une plus grande latitude pour nommer un chef du gouvernement, potentiellement en réduisant l'influence directe des résultats électoraux sur la composition du cabinet.

La détérioration des relations commerciales entre l'Algérie et le Maroc, observée dans les données de TSA — Tout sur l’Algérie, ajoute un contexte régional à ces dynamiques internes. Les échanges sont passés d'environ 760 millions de dollars en 2021 à moins de 80 millions de dollars en 2025, une baisse d'environ 90 %. Cette tension économique pourrait influencer les calculs politiques au sein de chaque gouvernement, en particulier concernant la coopération régionale et les priorités diplomatiques.

Ce qu'il faut surveiller

  • **Évolution des coalitions au Maroc** : Les futures élections pourraient modifier l'équilibre des partis au sein de la coalition actuelle, affectant potentiellement la stabilité du gouvernement et les orientations politiques.
  • **Application du système algérien à deux scénarios** : Les observateurs suivront comment la distinction entre Premier ministre et chef du gouvernement fonctionne dans la pratique, en particulier si une majorité parlementaire distincte émerge à l'avenir.
  • **Réformes politiques en Tunisie** : Les changements dans la manière dont le président nomme le chef du gouvernement pourraient indiquer un rééquilibrage du pouvoir exécutif et législatif.
  • **Dynamiques commerciales régionales** : Une éventuelle amélioration ou détérioration des échanges entre l'Algérie et le Maroc pourrait affecter les priorités diplomatiques et les coopérations au sein du Maghreb, influençant ainsi les politiques intérieures des trois pays.

Dans l'ensemble, les trois modèles illustrent la diversité des systèmes politiques du Maghreb et la manière dont chaque pays tente de concilier résultats électoraux, équilibres des pouvoirs constitutionnels et réalités régionales.