L’ancien moudjahid, avocat et homme d’État algérien Mohamed Ali Haroun est décédé ce samedi à l’âge de 99 ans, a annoncé la Télévision algérienne. L’information a été recoupée auprès de plusieurs sources médiatiques nationales, notamment TSA et Maghreb Émergent. Acteur de la lutte d’indépendance et figure centrale des événements politiques du début des années 1990, il demeurait l’un des derniers témoins directs de ces séquences clés de l’histoire contemporaine algérienne.
Ce qui a changé
Né le 8 février 1927 à Bir Mourad Raïs, à Alger, au sein d’une famille originaire de Kalaâ des Beni Abbès (wilaya de Béjaïa), Mohamed Ali Haroun a poursuivi des études de droit à la Sorbonne avant d’obtenir son doctorat d’État et d’exercer comme avocat. Dès les premières années de la guerre de Libération nationale, il s’engage au sein du Front de libération nationale (FLN) et collabore avec Abane Ramdane à la création du journal « Résistance », ancêtre d’« El Moudjahid ».
Nommé en mars 1958 responsable politique de la Fédération de France du FLN, il joue un rôle actif dans la structuration du mouvement à l’étranger, la collecte de fonds et la défense judiciaire des militants. Membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) entre 1960 et 1962, il est élu député d’Alger à la première Assemblée constituante après l’indépendance, avant de quitter rapidement la scène politique en raison de ses divergences avec le président Ahmed Ben Bella.
Pourquoi cela compte
Ali Haroun revient au premier plan politique en juin 1991 comme ministre délégué, puis ministre de plein exercice aux Droits de l’homme sous le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali. Son parcours prend une tournure déterminante en janvier 1992, après la démission du président Chadli Bendjedid et l’interruption du processus électoral législatif dans lequel le Front islamique du salut (FIS) était arrivé en tête au premier tour.
C’est lui qui est dépêché à Kénitra, au Maroc, pour convaincre Mohamed Boudiaf, figure historique de la Révolution alors éloignée de la vie politique, de revenir en Algérie pour présider le Haut Comité d’État (HCE). Ali Haroun devient lui-même membre de cette instance dirigeante transitoire. L’assassinat de Mohamed Boudiaf le 29 juin 1992 à Annaba constituera un événement tragique marquant cette période de crise. Assimilé par l’opposition aux figures dites « janviéristes », Ali Haroun a constamment assumé et défendu le choix d’interrompre le processus électoral de 1992, le qualifiant de mesure nécessaire face à la crise politique, malgré les critiques émanant de l’étranger et les lourdes conséquences humaines et politiques subies par le pays.
Ce qu'il faut surveiller
Avec le décès d’Ali Haroun, la mémoire politique algérienne perd l’un des rares acteurs ayant participé à la fois à l’organisation clandestine de la Révolution en France et aux décisions d’État au plus fort de la crise des années 1990. La portée de ses engagements, le rôle de la Fédération de France du FLN et le bilan des choix institutionnels de 1992 demeurent des sujets centraux dans l’historiographie et les débats sur l’histoire politique récente du pays.